J’écoute attendri la prière
De celle qui faisait ma joie,
Le vent se repent sur la terre
En discernant ta faible voix…
Reclus dedans ma chambre sombre,
Je chéris mon alliance en or,
Veillant auprès du dieu des ombres,
Où tant d’amour gémit encore.
Reviendrais-je de chez les morts,
Marcherais-je à l’envers des ans,
Je n’effacerais pas le tort
D’être parti avant mon temps.
Peut-être crois-tu que je dors,
Couché dans ce coffret de bois,
Mais sache que le froid remord,
M’atteint même le bout des doigts…
Tu te suspends à mon absence,
Je ne voulais pas m’en aller !
Tu t’épanches dans les silences,
N’as-tu que toi à consoler ?...
Crois-tu que j’ignore ta peine,
La grisaille habillant l’instant,
Ah, ne vois-tu pas que sont vaines
Les promesses qu’on fait enfants ?
J’ai lutté longtemps dans la nuit,
Mais lorsqu’il fut ensanglanté,
C’est sur mon corps à l’âme enfuie,
Que le soleil but la rosée.
Si j’attends là sous cet ormeau,
Assoiffé dedans la prairie,
C’est pour que loin de notre lit,
Je boive encore à tes sanglots.
Enfoui six pieds sous la terre,
Je ne regrette que tes mains,
Car la plus grande des misères :
Ma peau s’en va sans leurs chemins…
Ce n’est pas de mal qu’on succombe,
C’est de partir avant son tour,
Mais s’il fallait que je retombe,
Je mourrais à la fin d’un jour…
Rentre chez nous mon adorée,
Cesse de t’inquiéter pour moi,
Vivre, c’est là ta destinée,
Reviens seulement quelques fois…
Du sommeil, j’en aurai assez,
Et quand ton pas le troublera,
Sache que seront exaucés,
Les vœux qu’à Dieu tu formulas ;
Puisqu’il répond à la prière,
Conçois que je me survivrai,
Car malgré la tombe et la pierre,
C’est vivre encor que d’être aimé !
Sébastien BROUCKE
15 novembre 2011
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