Pour ma maman chérie
Le coquelicot court aux terres à patates
Tâter du radicule, obèse ou bien joufflu,
Le sage tubercule étonné par la patte,
Qui porte à l’inconnu sa beauté superflue !
Le rougeoiement qu’il est vient à la pluie battante
Égarer sa couleur dans les cieux délavés,
Et ce pétale heureux dans la chaleur montante,
S’écrase sans planer sur les sols lessivés...
Couché, enseveli, on le voit qui ne dure
Que la moitié d’un jour, qu’une vie à demi ;
Pour qui fuyait l’allée ou s’éloignait des murs,
Une ou deux gouttes d’eau viennent en tsunami.
Chaque fleur porte en elle un peu de porcelaine,
Mais la légèreté du fragile pavot,
Me rappelle toujours ces femmes trop humaines,
Que les larmes du temps blessent de leurs ruisseaux !
La belle et le ponceau tombent l’âme emmêlée,
Dans la fange, la boue, en une heure, un instant ;
L’amour n’y peut rien faire et ne peut recoller,
L’écarlate à la tige et l’amante à l’amant…
Est-ce un dieu dans les cieux qui d’humeur capricieuse
Lance outré de ses nues la ride ou l’aquilon ?
Est-ce un ange aveuglé par la beauté captieuse
Qui lacère vos chairs dans ses serres d’aiglon ?
A voir tant de douceur, qui croirait que pavoisent
Dans la plante éphémère ou dans vos yeux bleus, verts,
Quelque sombre pensée, immortelle ou sournoise,
Quelque indigne dessein, quelque ignoble mystère ?...
Triste billevesée, désaveu, amertume,
Tout s’acharne à briser l’immense qui a plu ;
Tout est coquecigrue, tout est futile brume,
Tant le charme d’une heure en un instant n’est plus.
Ce qu’enfantent vos vies, ce que les peines fondent,
Se noie sans un regret dans la profusion,
Et vos rêves perdus brisent sans fin la ronde
Où main dans la main dansent vos illusions…
Vous chutez avant l’heure et tombant sans abeille,
Demandez en mourant si vous avez été,
Mais pourquoi guettez-vous les retours d’un soleil,
Dont les rayons tranchants vous vont décapiter ?
Revenez à ce champ où les hommes de terre
Sommeillent grossissant le royaume des morts ;
Effleurant la racine où tout aime à se taire,
Peut-être du grand fleuve étant sur l’autre bord,
Sauront-ils vous parler de ce qu’on n’ose croire,
Et dessillant vos yeux, ces mondes sans pareil,
Près des pavots fanant dessous la pluie du soir,
Rempliront-ils vos cœurs de souvenirs vermeils…
Sébastien BROUCKE
9-10 avril 2012.
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