J’ai repris le sentier où la pluie dévastait Les arbres de chez nous que l’orage abattait ; S’ils ont refait le pont qu’avait coupé en deux Le fleuve soudain né du ru impétueux, Seul j’ai refait ...
La scène parait bucolique, L’arbre est chargé, le soleil haut, Les cerises vont en gâteaux, Aucun oiseau ne revendique… C’est donc à nouveau le printemps, La chaleur luit, blondit les mèches, ...
Quand les champs endormis rêvent qu’il les réveille, Cette année le printemps apparait sans soleil ; Partout de grises nues s’en reviennent rincer Des fleurs que la chaleur refuse d’embrasser ! La ...
A Cécile Sauvage J’aurais aimé fixer ta bouche Quand tu versifiais de candeur L’enfant, le papillon, la mouche, L'allégresse enfantant tes heures… J’aurais dit à mon œil : « englobe Sa silhouette ...
J’ai creusé trop de trous par ennui, par centaines, Dedans lesquels je tombe... En ces puits, mes fontaines, Des grenouilles festoient et rotent jusqu’aux cieux ; Pas une ne me craint, tout s’est ...
C’est la nuit, la noire, où vont les fantômes, Où l’on donnerait pour une couleur, Plusieurs jours de joie, tellement la peur, Déteinte nos joues d’un blanc monochrome… On avance, on tremble, et ...
Nous allons à dos d’âne, ad vitam aeternam, Eloigner des chardons nos mâchoires brisées, Mais inlassablement nous revenons poser Nos lèvres abimées aux fleurs qui les réclament ! Sans cesse ...
Aux cascades de rire importunes plient, Sous votre regard miséricordieux, Nos jeunesses vives, ensevelies ! Et là, sous vos astres silencieux, Elles attendent, ébahies, que Dieu Revienne et que ...
Un hiver sans victime et sans mort cette guerre, Ne plus m’aller nourrir chaque jour à ces bouches, Me réjouir des corps que leurs lèvres ne touchent, Enfouir mes cercueils sans larmes et sans ...
Pour ma maman chérie Le coquelicot court aux terres à patates Tâter du radicule, obèse ou bien joufflu, Le sage tubercule étonné par la patte, Qui porte à l’inconnu sa beauté superflue ! Le ...
Tu traverses ta vie comme un sentier d’été, Tes jours sont parfumés d’heures printanières, Ensemencés de pas que tu n’oses compter, A travers les sous-bois comme au fond des clairières ; Tout est ...
Tu devines parfois qu’en toi sommeille un traître, Si tu ne l’aimes pas, du moins tu l’as flatté, Ecoutant respirer à défaut d’apparaître Ce fauve épris d’inanité ! Te perdant en ce double un peu ...
Comme un bateau perdu dans un aéroport, Tu es ce bois flottant que l’abyssal soulève ; Planant au fond des eaux, tu vogues dans ce rêve Lucide où tout soudain t’éloigne de ton corps ! Tu ...
Je tombe de la lune aux toboggans des toits, Où glissant sur l’ardoise ou la tuile de terre, S’éclate le silence emporté par son poids Comme en rayons brisés l’étoile sur le verre ! Je m’avance ...
D’Orient rayonnait sans un bruit, Devant leurs yeux émerveillés, Une étoile filant celui Qui venait pour les éveiller. Allaient-ils férus de magie Chercher leur roi chez des Hébreux, Et pourquoi ...
As-tu vu qu’en ce jour a changé d’apparence, En s’allongeant d’un rien la paisible géante ; Quel astre soulevant sa robe lactescente, Sur elle osa posé sa tiède pétulance ? Printanièrement ...
Il revenait d’une île où brûlaient les épices, Le navire était lourd, sa voile enflée de vent, Chaque soute encombrée, précieux son chargement, Mais le sel de ses mers dardait ses cicatrices. Il ...
Saura-t-on jamais quel artiste Aura su nous enrôler tous, Dans cette armée surréaliste, Où chacun de nous se repousse ! De nous-mêmes les ennemis, Nos armures sont pour nous fuir, Engeôleant les ...
Ma demeure a perdu ses rires bariolés, Les agapes sont oubliées, Je plane entre deux ailes attristées, spoliée, A moi je ne suis plus reliée. Quels amours, quels bons vins sauront m’oindre de vie, ...
Aie des enfants, ma toute douce, Si tu veux parler de ton père, Puis récris tes discours amers, Le jour où ceux-ci te repoussent ! Qu’est-il pour goûter tes colères, Lui qui tant de nuits s’est ...
Ce soir vient m’éblouir ce qui brillait alors, Lorsque nous traversions l’orge en gerbe en sandales, Tenant entre nos mains cet amour colossal, Aussi petit et vain que des grains d’ellébore ; ...
En pensant à V.H. Etre avide des mots qui lui tombaient des mains, Etreindre ces feuillets qu’il semait au passage, Etrangement sourire en relisant ces pages, Ennoblies des parfums fleurant ses ...
Tu riais des chansons païennes, Que fredonnaient de grands enfants, Dunkerque semblait vénitienne, Et son carnaval éreintant. Nous errions dans les rues où tardent, La peur et de grivois garçons, ...
La salle est enfumée, le décor trop champêtre, La soupe sent l’oignon, le pain est détestable, Un cimetière au loin regarde à la fenêtre, Seul l’amour que l’on fête est doux et désirable. Que ...
La neige a fondu sur la piste, Je ne vois plus trace de nous, Aucune empreinte ne résiste, Aux printemps qui effacent tout ! N'avions-nous marqué ce pays, J’en gardais le froid souvenir, N’est-ce ...
Je n’affronterai pas la douceur des soieries, La valeur des bijoux, la beauté de l’or fin, Je n’irai pas chercher ce fameux médecin, Qui guérissait les sourds au bruit des pierreries ! Mais ...
Le salon est refait, les chambres sont repeintes, Des arbres sont plantés, d’autres oiseaux gazouillent, Ton soleil tremble un peu quand la lune est éteinte, Mais s’endort aux chansons que tes ...
Ils tombent par milliers, par milliers de millions, Un grenier les invente, un plafond les secrète ; Dessous tant d’assaillants on voit battre en retraite, Des hommes effrayés par ces sanglots de ...
La plaine a la couleur des agneaux enneigés ; Sous des arbres muets bruissant en avalanches, Dessus de blanches fleurs dont la tête se penche, Des oiseaux affamés peinent à voltiger… La nature a ...
Nous avions l’arrogance immense du printemps, Où vont unis la vierge et l’enfant qu’elle allaite, Mais nous tombions souvent de folies en tempêtes, Quand s’avançait la nuit lugubre des mourants. ...
Vous le saviez lutter sous vos vents agressifs, Lancer au loin ses yeux puis les porter aux nues, Sans pouvoir triompher de vos nuits revenues, Sentir qu’en chaque instant l’attendait un récif. ...
J’aime quand tu parais, sourire retenu, Aux portes du jardin, au mitan de l’allée, On dirait que la joie déborde ! Est-ce du lait, Cette pâle vapeur effleurant ton pied nu ? S’ils pouvaient se ...
T’accrochant au passé comme un cadre à son clou, Tu restes à veiller ta jeunesse figée ; Regardant en arrière avec ton regard flou, Tu trembles et tu fonds tel un cierge allumé ! Consume lentement ...
Vivant d’un pacte ancien que l’on n’a pas conclu, A se tromper d’amour on a baisé la haine, Et mourant de ce mal que nous n’avons voulu, Rien n’a su purifier notre fétide haleine… Que reste-t-il, ...
Toujours la pâte lève avant même le jour, Et le blanc boulanger pétrit l’obscurité ; Son pain né d’un soleil brillant du fond d’un four Craquera mordoré aux nappes émietté… L’homme crée comme un ...
Ton parfum triomphal en ce matin grandiose, Exprime en un détail, O prêtresse morose, Qu’en toi rien n’est sacré ! Se pendant au côté, point d’épine, de lame, Seuls deux corps à tes pieds, là ...
Je hasardais ma vie comme on voit aux volières S’élancer la perruche aux murs de sa geôlière ; J’avançais coloré comme un simple pétale, Egarant à tout vent des parfums sans égal ; Puis j’entendis ...
Je remporterai tout, même l’ultime épreuve Et j’irai flamboyant comme vont les grands fleuves Quand le soleil descend son soir sur l’horizon Croyez-vous que je sois ici pour quelques pages ...
Je regarde mon œuvre et tombe en implorant Ton ciel qui m’emprisonne à l’azur qu’il m’impose Qu’est-il sorti de terre aux briques que j’y pose Un mausolée sans nom, un tombeau de géant Je rassure ...
J’approche enfin de ma chaumière Déjà j’entrevois la clairière Que caches-tu sous ton peignoir Qui donc a pu marquer ton corps Quels secrets valent tant d’efforts Que tu me fuies comme un miroir ...