J’ai repris le sentier où la pluie dévastait
Les arbres de chez nous que l’orage abattait ;
S’ils ont refait le pont qu’avait coupé en deux
Le fleuve soudain né du ru impétueux,
Seul j’ai refait la route où le vent s’employait
A jeter dans ses eaux nos corps las de ployer.
Ils ont tout reconstruit et même tout repeint,
Mais que peut la couleur où manque ton parfum ?
Les fleurs ont refleuri, charment d’autres abeilles,
Le printemps est ravi et comme elles s’éveille…
Qui s’arrête en chemin se prive de sa peine :
J’avance car il faut, mais survivre est obscène !
Nos enfants ne sont plus désormais ces petits
Que tu couchais le soir en riant, dans leurs lits ;
Chacun d’eux est parti, au loin, faire fortune,
Et sans eux cette vie me devient importune…
J’ai retrouvé de nous des photos que les vieux
Contemplent en pleurant quand le peuvent leurs yeux ;
Tu as ce grand sourire et cette taille étroite,
Qui m’ont marqué le cœur, mémoire maladroite !
Je n’en veux à personne, excepté à moi-même,
De ne pas t’avoir dit moins rarement je t’aime…
A mon tour je me noie aux larmes qui m’emportent,
L’air me manque et j’en tombe, et l’espoir que je porte.
A rester loin de toi, à n’aimer qu’à demi,
Je songe à rentrer tôt, quitte à rester maudit.
Je prie pour te revoir, ma maison c’est ta main,
Je serais dans ton ciel, un peu après demain…
Ils descendront sans doute en ma conscience claire,
Pour désemplir au moins le cercueil de ma chair,
Mais sur le matin frais, le parapet du pont,
Qui saura si je suis un ange ou le démon ?
Sébastien BROUCKE
22 & 23 mai 2012.
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